Les modèles d’intelligence artificielle ne tiennent pas dans une application seule : il faut des processeurs, de la mémoire, des réseaux rapides, du refroidissement et beaucoup d’électricité. Le 30 juillet 2026, la Commission européenne et l’entreprise commune EuroHPC ont lancé un appel à propositions pour établir jusqu’à sept « gigafactories » d’IA en Europe. Le plan annonce jusqu’à 10 milliards d’euros de financements publics européens et nationaux, et vise au moins 20 milliards d’euros d’investissements privés. Il s’agit d’un objectif d’investissement mobilisé, pas d’un chèque déjà attribué à sept sites ni d’infrastructures déjà opérationnelles.

À quoi sert une gigafactory d’IA ?

Une gigafactory désigne ici une infrastructure informatique de très grande échelle qui réunit processeurs spécialisés, logiciels, cloud, connexions à haut débit et centres de données à meilleure efficacité énergétique. L’objectif est de permettre l’entraînement de modèles avancés, leur ajustement et leur inférence, étape où le modèle répond à des requêtes. L’appel prévoit que des startups, PME, entreprises, chercheurs et organismes publics puissent accéder à ces ressources. L’enjeu est de réduire la dépendance à un petit nombre de plateformes étrangères pour les calculs les plus exigeants et de créer une base accessible à davantage d’acteurs européens.

Ces futurs sites ne doivent pas être confondus avec les AI Factories déjà organisées dans le cadre d’EuroHPC. L’entreprise commune indique superviser la mise en place de 19 AI Factories et de 13 « antennes » destinées à élargir le soutien, notamment aux startups et PME. Ces structures fournissent accès à des supercalculateurs, expertise et accompagnement ; les gigafactories visent une puissance et un volume d’investissement encore supérieurs. Le réseau existant peut ainsi servir de premier point d’entrée ou de passerelle vers des ressources de calcul plus importantes, selon les règles d’accès et les services qui seront effectivement proposés.

Un levier industriel et financier

La logique économique repose sur un cercle à construire : un investissement commun important doit attirer les capitaux privés, financer des équipements coûteux et rendre du calcul disponible aux entreprises qui ne pourraient pas bâtir elles-mêmes un centre de cette taille. Les fonds publics peuvent aussi diminuer les risques de lancement et aider à structurer les consortiums. Un protocole d’accord antérieur entre la Commission, la Banque européenne d’investissement et le Fonds européen d’investissement prévoyait du conseil financier aux consortiums, afin de transformer des projets en dossiers susceptibles d’obtenir des financements. Mais le financement effectif dépendra de la qualité des projets, des contrats, des autorisations et de la répartition des risques.

Le modèle appelle des choix concrets : quels fournisseurs de processeurs retenir, comment garantir l’interopérabilité, à quelles conditions ouvrir l’accès aux jeunes entreprises, et comment répartir les coûts d’exploitation ? Une installation peut être financée par plusieurs investisseurs ou États, tandis que des entreprises privées gèrent des services cloud. Les modalités détermineront qui peut entraîner un modèle, réserver des capacités ou accéder à des jeux de données sensibles. L’appel européen met aussi en avant le respect des règles de l’Union relatives à la protection des données, la sécurité et l’éthique. Ces exigences peuvent renforcer la confiance des clients, mais elles doivent être traduites en contrôles vérifiables et en responsabilités opérationnelles.

L’électricité, limite physique de la course au calcul

La capacité de calcul ne se décrète pas sans tenir compte du réseau électrique. Selon l’Agence internationale de l’énergie, l’électricité consommée par les centres de données a progressé de 17 % dans le monde en 2025 ; celle des centres orientés vers l’IA a augmenté encore plus vite. L’AIE indique par ailleurs que les dépenses d’investissement de cinq grandes entreprises technologiques ont dépassé 400 milliards de dollars en 2025 et pourraient croître de 75 % en 2026, une estimation mondiale qui ne porte pas uniquement sur des projets européens. Ces tendances renforcent la concurrence pour les transformateurs, le raccordement, le foncier, les équipements de refroidissement et l’énergie disponible.

Pour les territoires français et européens, le choix d’un site peut donc dépendre autant de la capacité du réseau et de la disponibilité d’électricité bas-carbone que de la proximité d’universités ou de clients. Un centre informatique consomme aussi de l’eau et des matériaux selon sa conception, et peut créer des besoins de chaleur ou de transport. La Commission décrit l’efficacité énergétique comme un élément constitutif du projet ; il faudra comparer les performances réelles, l’origine de l’électricité et les conditions de raccordement pour évaluer l’impact local. La promesse d’une capacité de calcul « souveraine » ne doit pas masquer les arbitrages entre développement numérique, usages concurrents de l’électricité et objectifs climatiques.

Ce que le projet peut changer pour les PME

Une jeune entreprise qui expérimente une application de diagnostic ou une traduction spécialisée peut avoir besoin d’entraîner un modèle sur des données propres, puis d’obtenir une capacité de calcul à la demande. Des machines partagées pourraient réduire le capital initial nécessaire et faciliter des essais, si les tarifs, les délais et les conditions d’accès conviennent à une petite structure. Des universités et laboratoires pourraient également utiliser ces ressources pour leurs recherches. Le bénéfice ne découlera toutefois pas automatiquement de la localisation : la disponibilité d’ingénieurs, d’outils logiciels, de données, de clients et de financement restera déterminante pour transformer le calcul en produit ou en activité.

De l’appel à l’infrastructure réellement utilisable

Au 5 octobre, l’initiative est dans sa phase de sélection : la Commission n’a pas annoncé sept centres livrés. Il reste à constituer les consortiums, boucler les financements et autorisations, conclure les contrats, puis construire et ouvrir les capacités. Le pari européen sera jugé sur leur coût, leur empreinte énergétique et leur accès aux usagers, pas seulement sur le montant annoncé.

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Sources utiles

Cet article présente des informations générales et ne constitue pas un conseil financier, juridique ou d’investissement personnalisé.